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L’autoportrait de Yas.

Plutôt « sniper » que « poil à gratter ». Yassin Latrache, Yas quand il tient le crayon, répond à la question sans hésitation. Pour lui dessiner, c’est avant tout créer le débat. Et tant qu’à faire, sur des sujets qu’il juge « très graves » : en ligne de mire, les atteintes aux libertés fondamentales – celles des droits de l’Homme – celles que l’on apprend au collège. De cette époque, il garde une illustration en tête : ce dessin de Plantu, en légende d’un de ses manuels d’Histoire-Géographie.

“ De cette époque, il garde une illustration en tête : ce dessin de Plantu, en légende d’un de ses manuels d’Histoire- Géographie ”

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Le dessin de Plantu par lequel tout a commencé.

Seuls les dessins sont muets

Et pour quelqu’un qui aime le débat, Yas parle assez peu. Le verbe est concis, taillé finement et ne déborde pas. D’ailleurs, les dessins de ce jeune caricaturiste sont muets : un choix, pour laisser l’interprétation en lieu et place du commentaire : « pour représenter visuellement une réalité, en étant indissociable du travail de journaliste ».

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Tablette numérique, crayons et crobards dans l’appartement du boulevard de la Liberté.

L’information au kilomètre,

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Aller chercher là où on ne l’attend pas. Dessiner l’actualité, c’est faire des choix. Hiérarchiser, trier, se positionner en tant qu’« engagé » pour notre caricaturiste nantais. Durant l’après-midi de tournage pour le stop-motion à découvrir sur notre site en accompagnement de cet article, l’écran de télévision – trop grand pour le petit appartement du boulevard de la Liberté – diffuse en continu l’information au kilomètre. Sur la table basse, s’empilent tablette graphique, crayons et papiers noircis de notes ou de crobards. Yas, impassible, scrute et cherche sur son ordinateur des idées pour composer. Loin de ce qu’il qualifie de « marasme médiatique », il cherche avant tout à « figer le réel » sur des sujets parfois loin des yeux. La Birmanie et d’autres – à découvrir en portfolio.

Un café et refaire le monde

C’est avant tout d’une culture humaniste que se revendique Yas. Avec une bonhommie naturelle, et parfois déconcertante – impossible de se balader dans son fief nantais sans s’arrêter à plusieurs reprises pour des rencontres impromptues. Amis, proches ou rencontres dans le cadre de son engagement auprès des sans-papiers, ce descendant d’immigré marocain emboîte le pas à la discussion. Un café n’est jamais loin pour refaire le monde. Qui en aurait bien besoin, si l’on écoute notre dessinateur.

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La feuille blanche en lancement du dossier sur le dessin de presse.

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Pour les Médias Libres, Yas dessine pendant l’entretien.

Une culture monde

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D’une culture monde, et forcément méditerranéenne, Yas a toujours un œil sur les côtes de Lampedusa. Ces frontières de l’Europe sur lesquelles les destins tragiques s’échouent. Récemment, et bien au-delà d’une actualité chaude, Yas croise son dessin avec ceux qui ont migré vers la France, en remontant le cours de l’histoire contemporaine. À Nantes avec les Chibanis, ailleurs avec une recherche approfondie sur les Boat People, qu’il ne connaissait pas dans le détail.

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Le dessin est ici l’occasion de documenter une histoire à peine écrite, ou surtout écrite dans les médias. Une histoire vécue aussi, par une culture de l’Afrique du Nord et de ses codes sociaux : à bâtons rompus, le dernier film de Nabil Ayouch Much Loved, sur l’état de la prostitution au Maroc, est d’emblée l’occasion d’une discussion sur l’état d’une société entrée dans le XXIe siècle par des oppositions fortes.

La caricature en caricature

À commencer par celle qui lie une religion à des individus. Après les attentats de Charlie Hebdo, Yassin Latrache fait l’objet d’un reportage par l’équipe du Petit Journal. Et là, c’est le caricaturiste qui se fait caricaturer. Sans la manière, cependant. Réduit au rang de « dessinateur musulman », il doit avoir une opinion éclairée sur la représentation du prophète. Aux lendemains d’un drame, la réponse est sur la retenue ; moins le montage. Il regrettera juste le manque de discernement de la part de l’équipe.

Yas, un « dessinateur musulman » pour le Petit Journal, le 8 janvier 2015.

L’internationale illustrée

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Car s’il est question de culture commune, c’est avant tout celle qui le lie à ses confrères. S’il aime à se définir comme « jeune dessinateur », Yas est bien entouré ; à commencer par la bande d’irrévérencieux et talentueux des Yaka Yaka, l’internationale illustrée qui réunit les publications d’artistes et militants du Maghreb et au-delà. Une histoire de rencontre donc, sur la Toile et dans les groupements des Rencontres Internationales du Dessin de Presse ou du collectif Cartooning for Peace.

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Notamment avec Willis from Tunis, ce chat symbole d’un pan de la révolution, en entretien sur les Médias Libres. C’est dans cette rédac’ sans frontières que se dessine pourtant un miroir sociétal de pays sous le joug d’une liberté d’expression menacée. Une occasion pour le caricaturiste de sortir des figures imposées – de Marine Le Pen à DSK – et aller chercher sur d’autres terrains un amour commun pour la prise de parole par le crayon.

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